Exercice 3 : S'exercer à construire une image acceptable
 
L'entrée en scène est un moment fort pour l'orateur qui doit construire une image acceptable. L'exercice décrit ci-dessous met en jeu les premiers mots.

Conditions de réalisation de l'exercice :

Un espace vide dont on aura pris soin d'indiquer le centre à la craie ou au moyen d'un ruban adhésif de couleur. Les observateurs qu'on appelle aussi les partenaires-lecteurs seront placés sur le bord d'un des côtés de cet espace pour signaler la part active qu'ils prendront lors du processus de découverte du travail des faces.

Consignes :

Chacun doit traverser l'espace, s'arrêter au centre et décliner son identité, puis se diriger vers l'autre coin de l'espace à l'autre bout de la pièce. Pour le premier passage du premier volontaire, la consigne parait floue dans son apparente simplicité et ne manque pas de déstabiliser l'un ou l'autre. Certains s'arrêteront pour demander " si ça va ", " c'est bien comme ça qu'il faut faire ". D'autres refuseront d'aller jusqu'au centre, prenant conscience de la force contraignante de l'œil du spectateur. D'autres encore réaliseront cet exercice à une vitesse qui ne permet pas à l'œil de fixer une information corporelle. Pour la démonstration de l'exercice, il vaut mieux conserver à la consigne la simplicité objective d'un déplacement. La marche vers le centre est un objectif en soi que chacun s'appliquera à réaliser en dehors de toute préoccupation de présence.

Conseils pour la conduite de l'exercice :

Dès le deuxième ou troisième passage, l'attention à la consigne est reléguée au second plan. Le déplacement vers le centre apparait dans toute son objectivité de mouvement.
Alors que chacun se concentre sur la gestion de l'espace vide et des peurs qu'il occasionne, on oublie qu'il s'agit de marcher simplement.
Dans cet oubli, il y a sans doute l'impression (fausse) que la marche ne suffit pas, qu'être au monde implique de faire quelque chose.
L'animateur aura dès lors les coudées franches pour construire avec les observateurs les attitudes, les gestes, les points d'appui, les vitesses de la marche, les paramètres de la voix, etc. qui contribuent à installer une sécurité dans la relation.
Tous ces éléments constituent la réelle présence d'une communication. Mais plane souvent l'ambigüité d'une surface formelle, superficielle et creuse.
La présence (assimilée à cette notion floue de " charisme ") se travaille à la surface de l'être dans la conscience d'un rôle à tenir. Mais la qualité d'un communicateur ne se mesure pas à l'aune du modèle vers lequel il faut tendre par l'entrainement. Ainsi, dans certaines de ses dimensions, la communication ne s'imite pas.
Les exercices et les situations qu'elle crée sont autant d'occasions pour les participants de se constituer un réservoir d'attitudes et de comportements dont les effets seront expérimentés " en laboratoire ", pourrait-on dire.
Chacun élaborera au fil de la séance une compétence qui profilera sa performance propre.
La justesse d'une face (voir la fiche intitulée : " Gérer la courtoisie ") est affaire de poids et de mesure, mais ce poids et cette mesure se calculent sur l'étalon des potentialités corporelles et verbales de chacun. Les réactions des participants sont de deux ordres.
Lors des premiers passages, chacun se bat avec les consignes et négocie sa face sur des questions de détails.
Faut-il dire " bonjour " ou décliner son identité uniquement ?
Peut-on ajouter quelque chose au bout de la formule ?
Faut-il vraiment dire quelque chose ?
Cela témoigne de cette habitude bien naturelle dans nos sociétés occidentales de s'emparer de la consigne pour en faire une fin en soi.
L'animateur mettra à profit ces interventions pour expliquer la différence entre l'attention à bien faire l'exercice et l'attention à explorer par l'exercice une performance.
Un trop grand respect de la consigne établit une fois pour toutes et de manière définitive la performance du bon communicateur au détriment d'une démarche exploratoire, personnelle, de ses limites.
Lorsque la face est mise en danger, la tentation est grande en effet de chercher dans la consigne une réponse toute faite à la difficulté.
Cela se marque surtout dans le rapport au centre.
Pour " bien faire " et réaliser la consigne, chacun aura recours à des stratagèmes : regard sur la marque de couleur pour vérifier l'emplacement, regard vers l'animateur pour confirmer le bon déroulement du jeu.
Dans cette première phase, peu dépassent cette intention de construire une image conforme à l'œil de l'autre.
Sans cesse, l'animateur rappellera l'enjeu d'une démarche exploratoire qui invite à essayer une sollicitation.
Le deuxième type de réactions que l'animateur aura à gérer survient dès que l'observateur commence à maitriser les paramètres de la communication efficace.
Très vite, l'œil aiguisé découvre les gestes barrières (bras croisés sur la poitrine, main devant la bouche, mains croisées sur le ventre ou serrées dans le dos), les gestes d'autocontact (contact des doigts sur le visage, main passée dans les cheveux pour remettre en place une mèche rebelle imaginaire), les attitudes de défense (poitrine en avant, mains serrées le long du corps, menton exagérément relevé) ou de repli (épaules rentrées, tête basse, regard fuyant ou de biais), etc. L'observateur attentif pointera de plus en plus finement des éléments qui interfèrent avec le déplacement.
Il constatera que de nombreuses données non verbales viennent s'ajouter à l'information verbale. Non pas pour confirmer le mot, mais pour le nourrir d'une force de conviction (du moins qui se voudrait telle) qui légitime la prise de parole.
Et parfois, cette intention de convaincre est contrariée dès qu'elle s'exhibe.
L'intérêt n'est évidemment pas de construire dans les remarques des partenaires-lecteurs une image qui gommerait d'un coup toutes ces marques de stress.
Le " super communicateur " n'est pas celui qui n'a pas le trac, mais plutôt celui qui, s'appuyant sur la situation et jouant avec les imprévus, s'en fait un allié.
Certains remarqueront les effets agaçants d'une trop grande attention à l'image à construire.
Le zèle verse vite dans la caricature. A l'inverse, une gesticulation exagérée et un verbiage excessif affaiblissent la prise de parole. Pour en savoir plus